OASIS 25 ans - 1984 / 2009

1/4 de siècle au service de la musique Réunionnaise.

 

OASIS... Un nom que toute La Réunion connaît. Un nom qui fait naître, dès qu'on le prononce, mille images colorées, joliment agrémentées de notes, d'accords, de clé de sol et autres harmonies chères au coeur des Réunionnais. OASIS s'accroche en majeur avec Ousanousava, Kayambé, Pitou, Max Lauret, comme avec un très festif pique-nique du côté du volcan, ou une romantique rêverie dans un Pays bon dieu. Parce que depuis 25 ans, un Yab fier de l'ètre, un bon Yab de La Rivière, pas du tout décidé à se la couler douce malgré une retraite militaire bien méritée, a mis toute son énergie au service de cette musique réunionnaise qu'il affectionne par-dessus tout. Un quart de siècle d'audaces, d'innovations, de réussites fulgurantes, mais aussi d'échecs cuisants que l'ami José ne songerait pas une seconde à nier. Car ce fin lettré aime à rappeler la remarque de la rose à son Petit Prince :
"il  faut bien que je supporte les chenilles si je veux connaître les papillons ; il paraît que c'est tellement beau".
Les chenilles sont depuis longtemps oubliées. Les papillons d'OASIS sont devenus des millons de notes joyeuses qui continueront, des décennies durant, à embellir nos jours et nos nuits. Et ce, quels que soient les genres et les modes. Point d'ostracisme à OASIS : séga ou variété, rock ou maloya, jazz ou romance, quand c'est bon, c'est bon. Et ça fait 25 ans que ça dure.

 

1983... La musique réunionnaise est dans un flou et une incohérence défiant l'entendement. Les radios privées sont des dizaines sur l'île. Mais c'est à peine si on entend un peu de séga sur les ondes, la grande exeption étant l'émission d'André-Maurice sur RFO.

 

Les artistes enregistrent où ils peuvent, comme ils peuvent, dans des studios sous-équipés, gérés par des gens de bonne volonté sans doute, mais guère aguerris aux techniques pointues que supposent des produits de qualité. Quant à la distribution et au suivi éditorial des ventes, ils relèvent du folklore et de l´amateurisme ; sympa sans doute mais d´une efficacité douteuse.

Dans les rayons des disquaires, les rares productions locales sont dissimulées à fond de bac sous des tonnes de musiques venues d´ailleurs. Les auteurs-compositeurs voient peu la couleur de leurs redevances Sacem / Sdrm, les cachets des Artistes se décidant au coup par coup suivant l´humeur des uns et des autres. Quant au professionnalisme, il est absent des dictionnaires musicaux locaux. Des contrats léonins mettent les artistes pieds et poings liés à la merci de producteurs amateurs qui n´ont pour seule philosophie commerciale que l´épaisseur de leur compte en banque.

Un petit nouveau va bousculer tout cela.


25 ans qui ont tout changé

José Payet, bon Yab de La Rivière Saint-Louis, rentre au pays "plein d´usage et de raison", certes, comme dit le poète, mais surtout fort d´un amour sans bornes pour sa musique créole, ses maloyas, ses romances et son séga. Fort aussi de solides notions d´organisation et de gestion que lui ont enseignées ses années de carrière militaire autour du monde et qu´il compte bien mettre au service de ses projets. Car une retraite, même largement méritée, on n´y songe pas lorsqu´on a juste dépassé la trentaine. Les ancêtres se retourneraient dans leur tombe !

Amoureux du séga, il constate que l´univers musical local est un savant mélange de bouteille à l´encre et de panier à crabes. Scrogneugneu, ça va changer ! Il ne pensait pas si bien dire : OASIS, le nouveau studio qu´il fonde chez lui, dans sa propre maison à La Rivière, va bousculer du tout au tout, l´univers et les pratiques étriquées du monde du séga.

Le quart de siècle qui va suivre va voir totalement se refondre puis se modifier les us et coutumes, les pratiques, les méthodes et les rapports humains dans le domaine de l´enregistrement et de la commercialisation de la musique créole.


Les barrières tombent

Chez lui, avec un petit 8-pistes, plus home studio que vraie installation professionnelle, José Payet décide de tester ses idées sur lui-même, histoire de déceler, à chaque étape de la création, ce qu´il convient de changer. On verra ainsi ce qui va ou ne va pas. Avec quelques copains musiciens, il fonde le groupe  Les Mascareignes et enregistre un simple 45-tours avec deux de ses propres compositions, Exil et Oté Bourbon.

Le succès n´est pas foudroyant, mais ce militaire de formation savait devoir essuyer ses propres plâtres avant de se colleter à ceux des autres.

Enregistrer, oui, mais il y a tout le reste, et on s´attelle à tous les stades de la production, hors enregistrement : ateliers de duplication, création et formation des commerciaux, suivi des ventes chez les disquaires, tout un monde qui se met en branle et auquel le microcosme local est peu habitué.

Ces nouvelles pratiques, loin du cafouillage parfois sympathique d´avant, dérangent bien un peu ; mais tout ça est parfaitement légal et les barrières mentales tombent les unes après les autres.

Le studio OASIS s´impose comme le partenaire incontournable. Non seulement les disquaires, enthousiastes ou grimaçants, jouent le jeu. Mais il y a mieux : grâce à un forcing auquel elles étaient peu habituées, les radios locales se mettent à programmer la musique locale. La presse écrite, largement sollicitée, finit par rendre les armes et ouvre ses colonnes au séga d´OASIS. Surtout que le petit 45-tout initial est vite rejoint par d´autres enregistrements, plus nombreux au fil des années, avec une qualité qui va crescendo. Surtout qu´aux commandes de la console, il y a un des plus fins techniciens qui soient, Vally Sulliman.

"Ca finira bien par marcher !"

Peu argentés, les musiciens de l´époque sont souvent démunis de tout. Dans la logique de sa démarche, OASIS acquiert alors des batteries, guitares et amplificateurs de haut niveau, ce qui magnifie du coup la qualité des prestations. Cela n´a l´air de rien mais est bien propre à attirer à La Rivière des artistes et groupes trop heureux de jouer et enregistrer sur du vrai matos de professionnels.

Impossible de demander une quelconque participation financière aux groupes d´alors, leur dénuement étant chronique. Là encore, OASIS joue les banquiers, se forçant à croire que « ça finirait bien par marcher ». Et ça a marché, même si les débuts furent souvent laborieux. Plus que de la patience, ce fut de la ténacité, voire de l´obstination.

Lorsque les choses commencent à aller mieux, OASIS délaisse son petit 8-pistes pour un 16, puis un 24-pistes de haut de gamme. En 1988, on commence à voir le bout du tunnel.

Cette année-là, le mythique Ravan vient enregistrer son second opus, Gramoune. Une cassette qui se vend vite à plus de 6 000 exemplaires, ce qui est un record pour l´époque. Il y en aura vite d´autres...

Pari gagné !

Un des groupes phares d´OASIS rejoint bientôt l´écurie Payet. En 1988, Ousanousava a remporté haut la main les premières Rencontres folkloriques de Saint-Gilles avec le titre éponyme qui, aujourd´hui encore, reste une des plus fines compositions de tout temps. Une cassette suit, qui contient, entre autres, Grand-Mère, unanimement salué comme un des bijoux de la musique locale.

L´accueil du public est époustouflant, et pour Ousanousava, ce sera une suite incontestable de succès au fil des années : des dizaines, de milliers de cassettes puis de CD vendus. La bonne veine de ce groupe ne s´est jamais démentie.

C´est aussi l´époque où OASIS diversifie sa production et se lance dans des aventures qui, au début, ont fait douter de la solidité mentale de son leader : qui aurait parié un centime sur un disque comique ? Là encore, il faut admettre que l´ami José a eu le nez creux, la cassette de Thierry Jardinot s´étant vendu au-delà de toute espérance. Pour lui aussi, l´aventure continue aujourd´hui et l´exemple a payé puisqu´on ne compte plus désormais les enregistrements de nos meilleurs comiques locaux, Sully Rivière ou entre autres. Ils ne sortent pas tous du studio OASIS, mais faire oeuvre de pionnier n´a jamais été pour déplaire à José Payet.

Une autre fierté du Riviérois est d´avoir tracé le sillon de la valeur ajoutée. Ses productions étant d´une qualité technique irréprochable, ses concurrents (parfois amis) ont dû s´y mettre, faute de ne pouvoir tenir la distance.

Le seul réel vainqueur est la musique réunionnaise et là encore, le pari initial a été gagné au-delà de toute expression.


Picnic, la fusion anciens et des nouveaux

Une année après l´autre, les artistes, confirmés ou non, rejoignent l´écurie OASIS. Tamarin, Mascareignas, et jusqu´aux Mauriciens dont le premier à tenter le coup est Ras Natty, trop heureux de trouver là-haut des conditions d´enregistrement à la hauteur de la qualité de sa musique.

Certains de ces groupes ou artistes ne feront qu´un passage éclair dans l´univers musical local ; mais pour la plupart, retournés dans l´ombre ou toujours sous les feux de la rampe, le succès a été au rendez-vous. Il en va ainsi de Bastèr qui grave à La Rivière son deuxième opus, c´était en 1992. On connaît la suite.

Cette même année, OASIS enregistre ce qui restera peut-être dans les mémoires comme le nec plus ultra de la production ségatière. Encore un pari risqué...

Il y avait les anciens ; il y a les nouveaux. Comment les faire se rejoindre sans que la tradition y perde et sans que le progrès technique ne soit étouffé par trop de classicisme ? En faisant collaborer deux générations d´une même famille de musiciens, tiens, voilà une idée qu´elle est bonne.

OASIS compte déjà les fils Joron dans ses poulains de luxe. Et si l´on y ajoutait leur père, le fameux, l´illustre Jules Joron, l´inimitable créateur de quelques-uns des plus beaux morceaux de la musique réunionnaise ? Voleur canard, c´est lui. A cause Fifine, c´est lui aussi. Pêcheur Terre-Sainte, Casimir, Joséphine, encore et toujours lui. L´affaire est entendue. Le titre-phare est une nouvelle composition du génial ségatier, aujourd´hui disparu, Picnic chemin volcan. Tous les autres titres sont des reprises, remises au goût du jour grâce aux techniques modernes d´enregistrement, bien loin du magnétophone 4-pistes d´antan. Les fils Joron chantent et jouent avec leur père, accompagnés par le plus génial des guitaristes locaux, Harry Pitou.

Kaskavèl, un coup de génie

Aussitôt chez les disquaires, le CD s´arrache. Il faut rééditer. La raison en est simple : la qualité, encore et toujours cette qualité chère à OASIS. Le meilleur du séga, interprété par les meilleurs musiciens, avec une exigence au niveau de l´enregistrement qui ne laisse rien passer. Le CD Picnic chemin volcan reste à ce jour une des plus grosses ventes de la musique réunionnaise, tous styles confondus.

Lorsqu´en décembre 1993, OASIS fêtera ses 10 ans, d´autres grosses pointures seront venues rejoindre l´équipe gagnante de José Payet ; Volnay et Ignace notamment. Mais aussi des petits nouveaux qui vont vite faire parler d´eux.

Car le flair et le plaisir de la découverte continuent d´être les moteurs initiaux des studios riviérois. Au cours des années suivantes, José Payet produit Racine des Iles qui, plus de dix ans après, tient toujours le haut du pavé.

C´est au cours de ces années d´embellie qu´OASIS va sortir ce qui sera un autre coup de tonnerre dans notre ciel musical.

Un jeune instituteur féru de musique, Jean-Paul Cadet, a proposé à un jeune chanteur totalement inconnu, Maximim Boyer, une de ses compositions. Kaskavèl est plus une romance rythmée qu´un vrai séga. Mais son romantisme natif, sa mélodie dépouillée, donc riche, comme les tendres évocations qui en sourdent, ne peuvent que plaire. Banco !

Le groupe de copains s´appelle Kayambé et dès sa sortie, Kaskavèl bouscule les pronostics les plus optimistes. Non seulement le succès commercial se fait évident dès la mise en vente. Mais il y a plus, il se passe une chose inattendue avec ce séga tendre qui ne ressemble à aucun autre.

Quelque temps après, lorsqu´est lancée l´opération et le CD des 20 plus belles chansons (voir encadré), Kaskavèl détrône, de très loin, les airs les plus anciens et les plus chéris du répertoire réunionnais. Tite fleur aimée, hymne créole s´il en fût, comme Mon île, le petit bijou concocté par Jacqueline Farreyrol, sont relégués au 2è et 3è rangs. Les promoteurs de l´opération n´en sont toujours pas revenus.


Guichard, Barret, Kanèl et les autres

Des succès, OASIS a continué d´en diffuser au fil des années. Les 2 CD et la vidéo de Johnny Guichard se sont vendus à plus de 30 000 exemplaires. La raison, là encore, est simple mais il fallait y penser : le goût des Créoles pour le moucatage est une réalité ; encore fallait-il oser produire les délires du Man !

Dominique Barret, autre valeur sûre, a fait ses premiers pas comme simple collaborateur.Mais le "petit" a vite grandi et volé de ses propres ailes. L´immense succès que rencontrent ses enregistrements et spectacles actuels n´ont pas commencé autrement que par la grâce des studios OASIS. Kanèl avec Mon pompe vélo fut une autre réussite dont on parle encore aujourd´hui. Il est dommage que des dissensions internes au groupe aient fait voler ces dernier en éclat. Mais on touche là à une mythologie du devant de la scène qui veut que les égos s´accommodent souvent mal de l´indispensable esprit d´équipe.

Il s´accommode également très mal des conseils indispensables gratuitement délivrés par une équipe de professionnels qui ne recherchent que l´excellence. Plus d´une fois sont arrivés des groupes, légitimement fiers d´eux-mêmes, mais dont la musique pêchait par de nombreux côtés. Ceux-là, qui ont dédaigneusement repoussé les avis d´experts ("nout´ zaffait lé bon comme ça même, enregistre à lu tel quel !"), n´ont plus que leurs yeux pour pleurer.

Une diversification surprenante

A côté des très gros succès, il faut noter la production par OASIS de CD qui n´ont pas atteint les sommets des chiffres de ventes mais n´en restent pas moins d´indispensables repères musicaux. De toute façon, ce ne furent pas non plus de minables bouillons commerciaux. La série Bourbon cuivre et Bourbon maloya, initiée par Christian Baptisto, ou l´intégrale des compositions de Rolland Raélison font partie de ces disques qu´il fallait produire. Parce qu´ils participent au plus haut degré au patrimoine musical le plus précieux. Il en va de même d´un disque merveilleux, qui voit un père et son fils, Loulou Pitou et Harry, prodigieux guitariste, magnifier les compositions du génial accordéoniste qui restera de toute façon l´un des pionniers du genre avec Madoré, Donat ou Joron.

C´est la technique la plus pointue, dans de nouveaux studios soigneusement pensés et construits pour ne restituer que le meilleur du son, qui a permis que la tradition la plus pure soit ainsi rendue à l´éternité.

Si l´indispensable flair, appuyé par la technique de pointe, produit souvent les meilleurs résultats, l´audace, parfois couronnée, est aussi parfois très mal payée. Faut-il pour autant traiter par le mépris des artistes qui ne pratiquent pas le séga le plus pur ? Ce n´est pas dans la philosophie de José Payet, qui a osé produire du rock avec Island, ou du hard blues avec Mastane. Même Soukouss, que son très haut niveau de composition et d´interprétation promettait aux meilleures destinées, n´a pas passé la rampe. Un autre échec s´explique encore moins, celui d´Atoll. Nous aurons l´occasion plus loin d´en dire tout le bien que nous en pensons toujours, près de 25 ans plus tard. Ce disque était pourtant bien dans la lignée de ce que semblait aimer le public. Il restera peut-être le plus gros crève-coeur de José Payet. Et de nous-même.

Une indispensable moralisation des pratiques

Outre la production d´artistes nouveaux ou blanchis sous le harnois, OASIS s´est également lancé avec bonheur dans l´enregistrement de Compils, ce qui ne s´était jamais fait auparavant. Ces productions, devenues régulières au fil des ans, ont fini par rencontrer le succès qu´elles méritaient, après des débuts un peu timides.

Ces enregistrements se veulent le reflet de l´excellence musicale créole. Un autre de leurs mérites est de faire se côtoyer les valeurs sûres et les jeunes qui ne rêvent que de suivre les traces de leurs glorieux aînés. Corail, Rivages créoles, Music Alizés ont pris place dans les discothèques personnelles et n´en bougeront plus.

Le titre le plus emblématique de cette série restera sans doute la Compil instrumentale qui contient des airs très connus du répertoire, repris par des instrumentistes de génie (Harry Pitou, Fred Espel, Régis Lacaille...), qui tournent en boucle dans les soirées festives, comme encore, et c´est là le plus surprenant, dans les grandes surfaces, et ce, sans discontinuer depuis plus de 15 ans !

Au final, ces 25 années d´activités tous azimuts ont vu éclore une foule de pratiques parfaitement nouvelles dans le monde de l´édition musicale réunionnaise. La rigueur s´est installée, les enregistrements sont allés vers une incontestable exigence de qualité qui n´a fait que croître au fil des années. Il y a surtout que les inqualifiables pratiques financières d´antan ont disparu. Grâce à la volonté d´un seul homme et des registres commerciaux soigneusement tenus à jour, les artistes locaux peuvent aujourd´hui prétendre à des royalties dignes de ce nom, bien loin des billets de 100 francs chichement alloués par les producteurs d´autrefois aux meilleurs musiciens locaux.

Cette moralisation du milieu musical était à saluer bien bas. Voilà qui est fait.

Maintenant, on attend la suite. Rendez-vous dans 10 ans...

Un CD d´anthologie :

« Les 20 plus belles chansons »

Il n´y a pas de mystère : seule la qualité traverse le temps sans prendre une ride. L´anthologie des « 20 plus belles chansons » le prouve de façon irréfutable. José Payet le savait bien, qui accepta de jouer le jeu, mû par son flair de fin limier.

Quelle aventure, que celle de ces « 20 plus belles chansons » ! Quelle aventure... mais quelle réussite aussi ! Cela s´est passé à la fin des années 90.

Deux amis, amoureux de la musique créole, André-Maurice de RFO et Jules Bénard, journaliste à TÉLÉ 7 RÉUNION, se demandèrent : « Pourquoi ne pas créer un disque regroupant les 20 plus belles chansons réunionnaises, une sélection décidée par les Réunionnais eux-mêmes ? »

Une liste de 160 titres fut établie, la sélection finale devant se faire au bout de 10 semaines. Chaque semaine, 16 titres furent ainsi diffusés, plusieurs fois par jour, sur les ondes de la radio du Barachois ; tous les animateurs de la station, merci à eux, jouèrent le jeu avec enthousiasme. La liste des titres de la semaine était publiée dans les colonnes de TÉLÉ 7, avec un bulletin-réponse sur lequel les auditeurs-lecteurs devaient élire les 2 chansons de la semaine.

Ce fut un succès sans précédent. Les bulletins affluèrent à la rédaction de l´hebdomadaire. Au bout de l´affaire, il fallut en dépouiller des milliers, pour aboutir à une liste qui, aujourd´hui encore, fait référence. Tiercé gagnant : Kaskavel de Jean-Paul Cadet, Tite fleur aimée de Fourcade et Fossy, Toué lé jolie de Pierrot Vidot. Les plus grands auteurs-compositeurs locaux y sont : Luc Donat, Farreyrol, Jules Joron, Gauliris, Laope, Baptisto, Espel, Admette..., la quintessence de notre musique créole.

OASIS choisit les interprètes et musiciens chargés de magnifier les oeuvres ainsi déterminées : Dominique Barret, Georges-Marie Soucramanien, Micheline Picot, Max Lauret, Gauliris, Frédéric Joron, Ignace et bien d´autres, soutenus par Harry Pitou, Régis et Renaud Lacaille, Alfred Vienne, Fred Espel... : l´excellence de la création épaulée par les virtuoses de l´interprétation.

Le succès fut à la hauteur des espérances et des efforts, ce disque restant à ce jour l´un des plus diffusés dans le commerce et sur les ondes. S´il fallait une preuve supplémentaire que l´idée était bonne, dans ce pays où la psittacose est maladie courante : on ne compte plus les « 2O plus beaux ségas », « 20 plus beaux slows », « 20 plus beaux ségas de l´océan Indien », on en passe et des plus saumâtres, enregistrés à la va-vite par des imitateurs, pseudo musicologues mais authentiques faiseurs de fric.

Loin des modes, loin des succès éphémères défrayant la chronique trois semaines durant, loin des chansons-hamburgers vite fabriquées, vite avalées, vite régurgitées aussi, seule la qualité défie le temps.

Il en va de Tite fleur aimée comme de L´hymne à l´amour, et c´est notre regretté ami Rosely qui l´a le mieux formulé : « Un vrai succès est celui que le passant sifflote dans la rue trente ans après ! »

« Les 20 plus belles chansons » d´OASIS se sifflotent dans la rue.

Histoire de dire « On ne regrette rien ».

 

 

Quelques échecs cuisants !

Il n´y a pas que des atouts dans un jeu de cartes. Il arrive que l´on tire le sept de pique à la place de la reine de coeur attendue. Il en va de même dans la musique. Tout semble concourir au succès : un bon texte, une belle musique, d´excellents interprètes, des musiciens hors pair. Et c´est le plantage intégral, la noyade sans bouée, le ratage dans toute sa splendeur !

José Payet n´est pas homme à se voiler la face devant une réalité crue : « Des échecs, j´en ai eu et j´en aurai encore sans doute. Le moins possible, je l´espère... »

José Payet a enregistré et produit des disques de très haute tenue mais qui n´ont connu aucun succès auprès du grand public. Des disques unanimement salués par la critique mais curieusement boudés par le grand public. On pourra ergoter longtemps sur l´échec à plate couture de ces produits de très haut de gamme pourtant : manque de publicité ? manque de goût du public pour ce qui n´est pas immédiatement perceptible ? ou carrément mauvais goût public ? Bien malin qui aura la réponse.

Le grand regret de José Payet (et le nôtre) restera à jamais l´échec d´Atoll, commis par François Saint-Alme et ses dalons. Ce disque possède au plus haut point toutes les qualités artistiques possibles et imaginables : subtilité des textes, finesse des compositions, justesse de l´interprétation, et un accompagnement musical débarrassé des lourdeurs courantes pour ne restituer que l´harmonie dans son acception la plus pure. Ce disque est un pur bijou, un diamant aux multiples facettes renvoyant tout le prisme musical réunionnais sans la moindre fausse note, sans le plus petit accord parasite. Ce disque restera un des plus beaux jamais enregistrés dans ce pays.

Mais José ne regrette rien de rien ! Pas plus qu´il ne regrette d´avoir enregistré et produit les délires hard blues d´Alain Mastane ou la très envoûtante voix de Geneviève Sévagamy sur les compositions de Max Gobetti avec paroles de Daniel Vabois.Une telle conjonction d´incontestables talents devrait aboutir au succès immédiat. Ce fut tout le contraire et là encore, personne n´y a rien compris. Le public n´a pas percuté, voilà la seule réalité.

Maigre consolation, Van Gogh n´a vendu qu´un seul tableau de son vivant. Fort heureusement, José, lui compense ces ratages par d´innombrables succès artistiques et commerciaux. Loin de le décourager, ces quelques rares échecs ne font que l´encourager à persévérer. Comme Galilée avec son « et pourtant elle tourne », José Payet persiste et signe. Quand on est Yab, Riviérois, ancien militaire de surcroît, on a de l´obstination pour trois. Nul ne s´en plaindra.

 

Les Mauriciens aussi

De nombreux puristes, quelque peu cocardiers sur les bords, ont amèrement reproché à OASIS d´avoir enregistré et mis sur le marché nombre de disques de ségatiers mauriciens qui ont, par ailleurs, remporté un vif succès commercial. Où est le mal ?

D´abord, ces disques ne sont pas des hamburgers vite fabriqués : ils sont de très bonne qualité. De plus, à l´époque de leur sortie, ils étaient parfaitement dans l´air du temps. Ensuite, pourquoi vouloir ostraciser nos voisins aujourd´hui après avoir dit et répété qu´ils étaient nos cousins ? Il faut un peu de logique dans tout ça. Enfin, il ne faut pas oublier qu´OASIS, entreprise à vocation musicale, est aussi une entreprise commerciale. Si l´argent ainsi engrangé a permis de publier des disques locaux de très haute valeur mais qui n´ont connu qu´un succès restreint (pour ne pas dire inexistant), c´est plutôt un bonne affaire pour notre séga réunionnais.

« Musicréoles », clips et instrumentaux

C´est l´époque qui veut ça : avec la télé et la vidéo omniprésentes, la musique se propage autant par l´image que par le CD. José Payet a été le premier à enregistrer et publier "ses" musiciens. Son studio a aussi été le premier à enregistrer ses propres clips, grâce à un investissement en matériel d´enregistrement de tout premier plan et la collaboration de musiciens et de techniciens aussi intransigeants que compétents.

Cet effort financier indispensable s´est accompagné d´une exigence technique qui donne, au final, des résultats qui n´ont rien à envier aux produits analogues issus des grands studios parisiens ou londoniens. Que l´on se souvienne du merveilleux Pique-nique chemin volcan, datant de quelques années pourtant, mais qui n´a rien perdu de son entrain communicatif ni de sa fraîcheur. Au total, plusieurs cassettes et DVD, ainsi que des dizaines de clips qui détonent dans la production courante par leur recherche, leur créativité et leur finesse.

Enfin, au chapitre des innovations surprenantes, sur lesquelles personne n´aurait parié un kopeck, les CD instrumentaux d´OASIS. Des grands succès créoles d´hier et avant-hier, revus façon bals des années 60, son Shadows, avec guitares Fender et chambres d´écho incontournables bien sûr. Le premier est régulièrement diffusé dans toutes les grandes surfaces de l´île. Le second vient souvent en arrière-fond sonore de reportages télévisés ayant pour cadre les hauts de l´île.

Pourquoi des instrumentaux à contre-courant des modes les mieux établies ? « Parce que ces airs qui nous ont enchanté autrefois méritent de passer à la postérité, voilà ! » dixit José Payet.


 

Les 10 ans d´OASIS :

Un concert mémorable

4 000 spectateurs... Plus de 5 heures de concert... 20 artistes et groupes différents... Séga, seggae, variété créole, maloya traditionnel ou électrique, maloya-jazz, comiques du cru... Ce fut du jamais vu. Le 3 décembre 1993, le plus mémorable concert de musique créole s´est tenu sur le stade Lambrakis de Saint-Louis. OASIS fêtait ses 10 ans en même temps que la refonte totale de ses studios et son passage à l´ère du numérique.

Pour l´occasion, toutes les grandes têtes d´affiche du studio riviérois, mais aussi les petits jeunes (d´alors) qui montaient se sont retrouvés, communiant avec un public en délire dans un même amour de la musique locale, musique de qualité, maître-mot de José Payet.

L´affaire était d´importance, aussi. Le petit studio étroit, perché sur un bout de colline, s´était déplacé de quelques mètres, plus bas, dans de nouveaux locaux plus adaptés à l´augmentation exponentielle des activités et à une exigence accrue de qualité et de confort des enregistrements. Depuis peu également, pour profiter des facilités offertes par le numérique, l´ancienne console analogique, qui avait rendu les immenses services que l´on sait, fut pieusement remisée pour laisser place aux nouvelles consoles. La nostalgie y perdait, l´efficacité y gagnait largement.

La fête battit donc son plein, de 20 heures à 2 heures du matin, la foule peinant à quitter les lieux lorsque retentirent les derniers accords de la guitare d´Harry Pitou et les dernières notes du clavier de Dominique Barret.

On eut droit à tout, du rock au maloya, en passant par toute la gamme intermédiaire des musiques pratiquées localement. Entre deux groupes, Jardinot et Vabois plièrent l´assistance en quatre. Ras Natty, Roséda, Ti-Fock, Max Lauret et consorts s´en souviennent encore.

Jamais, au cours de la décennie qui suivit, un tel plateau n´a été réuni localement pour célébrer le meilleur du meilleur de la musique locale.

 

 

 

Ousanousava, Bastèr, Racine des Iles

Ils partent... Ils arrivent

Il s´en passe des choses, en 25 ans. Il y a les réussites fulgurantes, comme aussi quelques échecs ; nous en avons parlé par ailleurs. Il y a aussi ceux qui ont effectué leurs premiers pas chez OASIS, portés par la dynamique d´un jeune studio innovant, à l´affût des talents parfois cachés, qui ne demandaient qu´à éclore et se faire une place au soleil.

Leur talent évident, conjugué au flair de chien de chasse de José Payet, les a fait exploser !

Ce fut le cas pour Ousanousava qui, dans la foulée de son incroyable succès aux Rencontres folkloriques de Saint-Gilles, eut droit à son premier enregistrement à La Rivière Saint-Louis. C´est également là-haut que Bastèr enregistra le CD reprenant ses succès d´avant qui n´existaient que sur cassette. Et que dire de Dominique Barret, qui fut d´abord un collaborateur de studio, un passionné de technologie musicale et un fervent défenseur de séga. Dominique possède un style d´interprète et d´arrangeur hors pair, ses enregistrements ne laissent pas de place au hasardet ses productions gardent secrètement une originalité tout à fait particulière (Dominique est un musicien d´excellence),. On pourrait en citer bien d´autres qui, comme ceux-là, ont voulu tenter leur chance ailleurs après quelques années de fructueuse collaboration.

Ces prestigieuses signatures laissent au fil du temps, un catalogue d´anthologie et une collection musicale sans précédent à la Réunion.

Personne, à commencer par José Payet, ne leur jette la première pierre. Car comme le dit si bien le "patron" d´OASIS : « Chacun, après avoir respecté les règles des contrats passés entre nous, restait libre de reprendre ses billes et de tenter sa chance ailleurs s´il pensait aller plus loin ou gagner mieux ». Sages paroles de la part d´un gestionnaire qui n´a jamais imposé à ses ouailles de contrat léonin.

Il faut y mettre un petit bémol, puisqu´on parle musique, en ce qui concerne Ousanousava. Après quelques années de succès discontinu, "l´âme" du groupe, Frédéric Joron, le compositeur et auteur de tous leurs grands succès, éprouva le désir de faire une pause. Le reste de l´orchestre choisit alors de s´auto produire.

Lorsque Frédéric revint à ses chansons et sa six-cordes, c´est tout naturellement vers OASIS qu´il dirigea ses pas. C´est également là qu´il renoua avec le succès car la qualité n´a pas besoin de se démontrer : elle s´impose. Aujourd´hui encore, Frédéric Joron, digne successeur de papa Jules, reste l´une des grandes valeurs du studio OASIS. Pourvu que ça dure !

Malgré ces départs, OASIS reste une pépinière de talents dont certains n´ont pas éprouvé le désir d´aller vers de nouveaux horizons. C´est le cas de Denis Payet « Souk Denis » Kormoran, Les frères Mailly, etRacine des Iles qui, depuis plus de 20 ans maintenant, reste fidèle au studio de La Rivière. L´état d´esprit qui règne au sein de ce groupe reflète parfaitement celui que José Payet a toujours voulu insuffler à ses troupes, fait de solidarité, d´amitié et de liberté. Outre le plaisir né du succès engrangé et des royalties qui tombent régulièrement, il y a l´esprit d´équipe, la chaleur née du sentiment que l´on fait partie d´une même famille. Il y a l´affection aussi. Eh, les amis ! ça compte aussi, ça.

 


Trop tôt dans le temps :

ZOUN et quelques autres...

Les progrès techniques, quel que soit le domaine envisagé, laissent toujours des précurseurs sur le bas-côté de la route. Zoun en est l´exemple le plus flagrant.

Jean-Michel Toquet, dit Zoun, est un artiste hors pair, flûtiste, guitariste, claviériste, entre autres. Formé au maloya, au jazz et au blues, ce garçon plus gentil que nature est également un auteur et un compositeur très averti. Il a d´ailleurs été sollicité par des musiciens de l´Hexagone pour les accompagner dans leurs tournées. Il n´a pas donné suite et il faut respecter sa décision. Zoun a enregistré, en tout et pour tout, deux cassettes, Lézard vert et Flèr Kann. Deux petits bijoux. Outre ces hauts faits d´armes, il a beaucoup oeuvré comme musicien de studio chez OASIS. Peu de gens, hormis les amoureux de musique d´un certain âge, connaissent encore le nom de Zoun. Parce que les cassettes ont péri avec le temps ; alors que les CD sont impérissables. Zoun, à propos de qui José ne tarit pas d´éloges ("un virtuose du clavier"), mériterait amplement d´être réédité en CD.

Il suffirait de peu de choses.

 

Des projets à la pelle...

25 ans déjà ou 25 ans seulement ? Le temps a passé si vite... De la modeste installation confinée des débuts, aux vastes salles actuelles, proposant même le coucher aux groupes venus de loin, on a l´impression que c´était hier. Et pourtant ! Il est vrai que le temps semble court quand on déborde d´activité.

Tant d´enregistrements, tant de clips, tant d´artistes venus à La Rivière tenter leur chance, pousser leurs premiers accords. Quelques-uns, pas moins méritants que les autres mais peut-être moins persévérants, sont retombés à l´anonymat une fois passé les premiers feux de la rampe. La plupart, fort heureusement, tiennent toujours le haut du pavé.

Ces dernières années, l´activité a subi les attaques en règle du piratage, le CD se vend bien moins qu´à la haute époque. Toutefois, si l´on enregistre moins qu´avant, la qualité, elle, ne souffre d´aucun ralentissement, aucune légèreté. L´à peu près n´a toujours pas droit de cité chez OASIS.

Les projets tiennent évidemment compte de cet état de fait.

Des projets malgré la crise ? se demandent certains. Eh bien oui. On n´a pas consacré 25 années de son existence à défendre les couleurs de la musique réunionnaise pour baisser les bras au premier coup de vent venu. José Payet a toujours de la suite dans les idées et sa volonté est aussi intacte qu´aux premiers jours. Des idées, il en a à la pelle. Mais il ne veut plus les crier sur les toits parce que les bons plans sont vite piratés par certains producteurs locaux en mal d´imagination.

Un exemple ? Après l´immense succès des « 20 plus belles chansons », une suite fut envisagée, suivant le même processus. Car, seulement 20 plus belles chansons, cela paraissait un peu frustrant à tous ceux qui avaient participé à cette merveilleuse aventure. C´est alors qu´un producteur concurrent fit savoir que si cela se faisait, il enregistrerait en toute hâte, peu importe la qualité, cette suite... sur ordinateur pour gagner du temps et de l´argent. La suite fut abandonnée.

Pour vivre heureux, vivons cachés. Les projets sont là et bien là, tous plus séduisants les uns que les autres mais vous les découvrirez au fur et à mesure. Tout ce que l´on est autorisé à vous dire, c´est que vous ne serez pas déçus du voyage. L´aventure continue.


« Coeur Créole »

Le plus beau des karaokés

José Payet est un amoureux militant de la musique réunionnaise. Ça, nous le savions déjà. Le bonhomme est en outre un amoureux fou de son île de La Réunion. Et c´est armé de ces deux passions concordantes qu´il a rendu le plus bel hommage à notre pays.

« Coeur Créole » porte bien son titre car c´est, à mon avis, ce qui s´est réalisé de plus beau, de plus fin, de plus sentimental, en la matière, jusqu´ici, et je pèse mes mots. Ce karaoké est en effet largement supérieur à toutes les productions du genre, y compris en métropole.

La base de travail est simple : le patron d´OASIS a repris et remasterisés une sélectiondes play-back du célèbre CD « Les 20 plus belles chansons » en y ajoutant « Grand mère ». Ce qui, déjà, nous amène très loin de nombre d´accompagnements approximatifs des karaokés du commerce. La qualité artistique se décline du début à la fin.

Mais c´est surtout pour "l´ornementation" des textes que José a fait très fort. Pour chaque chanson, il a défini un thème précis collant à ce qu´il y a de plus cher au coeur (d´où le titre) et à l´imaginaire créoles. Les fleurs pour "P´tite fleur aimée" ; les montagnes et le volcan pour le sublime "Mon île" de Jacqueline Farreyrol ; les cascades pour "Kaskavel" ; les cases créoles pour "Ti case en paille" ; les vieilles cuisines créoles pour "Grand-mère", etc.

 

 

 

Caméra à l´épaule, José est allé en personne, avec Rachid Victor et Alfred Corée, effectuer toutes les prises de vue qu´il a jugées indispensables à la finition de son oeuvre. L´hélicoptère a parfois été mis à contribution, ce qui nous vaut des paysages à couper le souffle, des panoramas extraordinaires qui nous font dire, sans exagérer, que ce DVD est une merveilleuse promotion touristique pour notre île. Les prises de vues sont précises, le cadrage sans défaut, le résultat parfait.

Que l´on oublie quelques secondes les paroles qui défilent, et c´est le plus vivant des tableaux promotionnels qu´OASIS nous offre là.

Lorsque le grandiose s´efface pour laisser places aux scènes intimes, là encore on touche au plus près de ce qui nous est cher, les cases créoles enfouies dans un océan de verdure ; une vieille maman (celle de José elle-même) devant son feu de bois ; des acteurs-convives jouant le jeu d´une intimité familiale toute dépouillée, avec l´aisance de grands professionnels de l´écran.

Cette promenade musicale et touristique à travers notre île est un pur moment de bonheur, bien propre à nous rappeler que malgré les aléas de l´économie et de l´histoire, nous vivons dans un des cadres les plus beaux du monde. Une perception de la beauté des choses, et de la finesse de l´âme, que José Payet, en poète confirmé, sait nous faire partager avec une simplicité et une chaleur qui sont celles d´un bon copain ; et c´est le plus beau compliment que je puisse te faire, mon ami.

Jules Bénard,Un autre amoureux de son île


Mon ami José Payet

Il est malaisé de rester objectif concernant un ami. Mais je peux toujours essayer. Qu´est-ce qui fait qu´une solide affection naît entre deux êtres aussi différents qu´un ancien militaire nourri au lait de l´efficacité, de la raison et de la logique, et un rêveur romantique aussi touche-à-tout que velléitaire ? Une seule réponse, l´amour de la musique. Un lien assez fort pour que l´on cherche à un peu mieux connaître l´autre.

La première fois que je mis les pieds à OASIS, c´était encore un tout petit studio encombré de consoles, de fils et d´instruments de musique, perché sur une petite colline. J´ai de bonnes raisons de m´en souvenir. Ce jour-là, derrière sa console, Vally Sulliman mettait en boîte les chansons de François Saint-Alme. Un moment de pur bonheur...

Très vite, j´eus l´occasion de prêter mon concours à José Payet pour certains livrets accompagnant les CD qui sortaient, à cette époque, à une cadence de métronome.

J´appréciai le regard que portait ce petit bonhomme souriant sur ses partenaires et clients. Jamais un mot plus haut que l´autre, l´ironie toujours prête à jaillir, mais jamais de condescendance, encore moins de mépris. Respectueux du travail accompli, toujours prompt à encourager et conseiller les débutants, traitant d´égal à égal avec les meilleurs musiciens (pour en être un lui-même), sourcilleux sur les contrats commerciaux, veillant avec un soin jaloux sur la bonne santé financière de son entreprise, il ne s´est pourtant jamais départi d´un abord amène, voire affectueux.

L´amitié, pourtant, l´a parfois induit en erreur. Par exemple pour faire plaisir à un ami et accepter qu´un médiocre musicien enregistre un CD instrumental qui ne restera guère dans les mémoires. J´en sais quelque chose puisque c´est à moi que c´est arrivé. De même que jamais un ami n´a en vain fait appel à sa solidarité dans les moments de détresse. Je ne suis pas le seul à pouvoir en témoigner.

Alors voilà, si José a un gros défaut, c´est bien celui-là : ne pas vouloir faire de peine à un ami. Il y a ainsi plusieurs fois laissé des plumes, mais on ne le changera pas et c´est tant mieux. Parce que l´exact reflet de cette sensiblerie, défaut impardonnable dans le monde du commerce, est un sens aigu de l´amitié. Et ça, c´est irremplaçable.

Jules Bénard